Écouter et raconter la musique avec Mehdi Maïzi
Figure incontournable du journalisme rap, Mehdi Maïzi n’a pas suivi une trajectoire classique. D’abord bénévole pour le média l’Abcdr du Son, il devient rapidement une référence dans le monde de la musique : animateur de La Sauce sur OKLM Radio créée par Booba, présentateur de Rap Jeu sur la chaîne YouTube de Red Bull, créateur du célèbre Roland Gamos, Head of Hip-Hop chez Apple Music… et j’en passe.
Mehdi Maïzi arrive en août 2025 à Radio France avec son émission quotidienne À la régulière sur France Inter et continue de naviguer entre des formats plus ou moins traditionnels, toujours ancrés dans le numérique. Nous l’avons rencontré pour qu’il nous raconte son parcours et sa manière d’observer les évolutions du monde des médias et de la musique.
Mehdi Maïzi : behind the scenes
Mehdi Maïzi reçoit tous les soirs un.e artiste pour une conversation autour de son œuvre et de son univers, dans son émission À la régulière. Avec un parcours d’abord centré sur le rap, Mehdi a élargi ses horizons depuis son arrivée sur la première radio de France, en invitant des personnalités du monde de la musique, mais aussi du cinéma, de la littérature et des réseaux sociaux. Reste une question : comment choisir ses invités dans une ère de surabondance de contenus ?
Depuis les débuts de sa carrière, Mehdi s’est placé en tant que précurseur, toujours à la recherche de la dernière pépite, de la prochaine grande star. Pour cela, il utilise les différentes plateformes à sa disposition : X, YouTube, TikTok… Que ce soit des découvertes par les algorithmes et les trends ou par le bouche-à-oreille, Mehdi continue de dénicher de nouveaux artistes, de creuser leur univers et de comprendre ce qui les distingue, comme NeS ou Camille Yembe. Avec le temps, il dit être devenu un auditeur plus humble : “moins tu connais un genre, plus tu as des avis un peu prétentieux, et aujourd’hui, je pense mieux connaître le rap qu’il y a vingt ans” et il se pose plein de questions. Mehdi et ses équipes reçoivent également de nombreuses suggestions d’invités, de la part de leurs auditeurs ou de labels. Pour Mehdi, il y a un équilibre important à respecter : À la régulière parle de l’actualité inévitable, mais met aussi en avant des artistes coups de cœur, car “la musique, le cinéma, ce n’est pas que l’actualité”.
Son contenu s’est beaucoup diversifié depuis son arrivée à Radio France. Sa communauté aussi : “même si ce sont souvent les jeunes qui réinventent la musique, je n’ai pas envie d’être défini uniquement par un public qui a vingt ans de moins que moi”. Mehdi vise maintenant une audience grand public, ce qu’on remarque bien dans le choix des invités : de Rosalía à Philippe Etchebest, en passant par Manon Bresch. Sans renier son identité, Mehdi décrypte le vocabulaire du rap, tels que beatmaker ou bouyon, qui peuvent paraître évidents à son ancien public, afin d’inclure tous ses auditeurs.

La radio, un média en mutation
La manière de consommer du contenu par le grand public évolue : hier en direct FM, aujourd’hui en podcast, et demain peut-être sous forme de contenu multiplateforme. Pour Mehdi, la radio est loin d’être un média obsolète : “je ne me sens pas dans un média du passé, bien sûr que ça n’a rien à voir avec animer une émission pour une marque comme Red Bull, mais la destination est la même pour moi”. Même si la radio est toujours d’actualité, les technologies évoluent et les réseaux sociaux prennent de plus en plus de place. Impossible pour lui d’ignorer ces changements. C’est une des raisons pour lesquelles Mehdi propose une programmation un peu différente de celle des autres émissions de France Inter : il n’y a jamais eu autant d’artistes issus du rap, du R’n’B ou des réseaux sociaux sur une quotidienne de cette chaîne.
Grâce aux applications comme TikTok, la découverte de nouveaux artistes semble plus simple et le pouvoir semble être donné au public. Lorsque le format radio était le standard, les artistes imaginaient leurs morceaux en fonction de ce média. Aujourd’hui, beaucoup d’entre eux cherchent la trend en écrivant des morceaux à destination des plateformes de snack content. Ce ne sont plus les programmateurs radio qui décident, ni les labels qui maîtrisent ce qui va marcher, mais bien les utilisateurs qui transforment les morceaux en tubes.
Tout le monde peut tenter de trouver les mots les plus impactants pour décrire, commenter et critiquer les nouveaux artistes des réseaux, mais se distinguer face à des vidéos d’une minute seulement est difficile. Et si tout le monde peut donner son avis, une question demeure : c’est quoi, demain, être un média ?
Dans cette surabondance de contenus, le rôle de curateur prend tout son sens pour filtrer le brouhaha numérique, bousculer nos habitudes d’écoute, nous sortir de nos bulles et nous amener vers de jolies découvertes que j’ai moi-même pu faire en écoutant l’émission, comme Timar, Jäde ou encore Peet. Et c’est précisément ce que fait Mehdi Maïzi : trier, contextualiser et donner envie d’écouter.