De la page blanche à la génération de pixels
02 octobre 2026 par Iniz Becker

De la page blanche à la génération de pixels

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La polémique sur le recours à l’IA dans le roman de Thélyson Orélien C’était ça ou mourir repose cette semaine la question de la légitimité de la création artistique. L’Académie Goncourt a retiré de sa sélection le livre, invoquant une analyse révélant que le livre serait très largement produit par une IA. L’auteur, soutenu par son éditeur, affirme l’avoir écrit lui-même.

Mais on peut se demander : et quand bien même ? Qu’est-ce qui nous touche autant quand l’art est touché, voire ébranlé (comme tous les autres secteurs) par l’arrivée de l’IA ?

Un outil pas comme les autres

L’intelligence artificielle générative ne se contente pas de devenir un outil de création parmi d’autres. Elle brouille la frontière entre celui qui crée et ce qui est créé.

Une frontière déjà interrogée par les artistes : Vélasquez joue avec la question du regard du créateur en se représentant en observateur de la scène dans un petit miroir dans Les Ménines ; les Lumières décrivent les célèbres automates de Jaquet-Droz capables de réaliser des séquences d’écriture ou jouer de la musique, questionnant le rôle du concepteur dans une telle entreprise ; enfin, plus récemment, le peintre Harold Cohen développe dans les années 1960 le logiciel AARON capable de modéliser des dessins. Qu’est-ce qui rend une œuvre unique, artistique et singulière ? 

Dans Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? publié en 1968, Philip K. Dick imagine un monde dans lequel les robots sont devenus si ressemblants aux humains qu’il devient difficile de distinguer l’original de l’imitation. Alors quand un prompt suffit à donner naissance à une image, qu’est-ce qui fait qu’une chose est authentiquement humaine lorsqu’une machine est capable d’en reproduire les apparences ? Walter Benjamin (L’Oeuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique, 1936) apportait déjà des réflexions essentielles à nos problématiques contemporaines : « à la plus parfaite reproduction il manquera toujours une chose : le hic et nunc de l’œuvre d’art ; l’unicité de son existence au lieu où elle se trouve ». 

Utiliser l’IA dans son processus de création

Une fois qu’on a posé avec les philosophes de l’art et autres artistes toutes les questions d’aura (ou bien ?) qui renvoie à la présence et à la valeur de l’œuvre, on peut voir ce que ça donne quand l’IA est intégrée au processus de création par les artistes. 

En 2024, l’écrivaine japonaise Rie Kudan reçoit le prestigieux prix Akutagawa pour Tokyo Sympathy Tower. Elle explique avoir utilisé ChatGPT dans son travail d’écriture. L’œuvre naît de son interaction humain/machine : demander, corriger, sélectionner, recommencer. La question du sens et des choix devient primordiale dans son acte de création.

Deux ans plus tôt, une image générée avec Midjourney, Théâtre d’Opéra Spatial, a remporté de son côté un concours artistique au Colorado. Son auteur, Jason Allen, avait utilisé des centaines de prompts avant de retoucher l’image avec Photoshop. Pourtant, le Copyright Office américain a refusé de protéger l’œuvre telle quelle, estimant que sa part générée par l’IA ne pouvait pas être considérée comme une création humaine.

Une nouvelle frontière apparaît : celle du degré d’intervention nécessaire pour qu’une création puisse encore être attribuée à quelqu’un. Et cette frontière risque de devenir de plus en plus difficile à tracer à mesure que les outils génératifs produiront non seulement du texte et des images, mais aussi de la musique, des vidéos et des voix. 

La page blanche peut désormais se remplir de pixels en quelques secondes. Mais derrière ces pixels, que faudra-t-il encore pour reconnaître une œuvre : une intention, un choix, un geste… ou simplement la trace d’un humain ?

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🍔 McDonald’s utiliserait l’IA pour fixer le prix de ses hamburgers de manière « dynamique ».

L’actu Radio France

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🌏 Le jeune homme qui défiait le Kremlin sur France Inter : en plus d’être artiste exilé en Europe, Dima Defremov aide depuis l’invasion de l’Ukraine des « opposants » russes à sortir du pays. Il raconte comment il s’y prend, donne les moyens employés pour déjouer la surveillance du FSB, et explique comment travaillent ces agences de l’État.

🪲 Parasite(s) sur France Culture : une créature souterraine, une tête greffée sur un corps, une puce dans le cerveau qui aide une femme surmenée… Benjamin Abitan, Phœbe Hadjimarkos Clarke et Noémie Landreau se sont emparés du thème du parasite. Résultat : trois récits horrifiques.

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