La K-pop et la cartographie avec Nadine Gastaldi
Le vendredi 10 avril 2026, nous avons pu assister au colloque sur la place des cartes dans les productions de la culture populaire, du XIXe siècle à aujourd’hui, organisé à la BnF dans le cadre de la nouvelle exposition « Cartes imaginaires. Inventer des mondes » (ouverte jusqu’au 19 juillet), modéré par la commissaire d’exposition Cristina Ion, l’intervention sur la place des cartes dans le cinéma et la musique a suscité de nombreux travaux de recherche et de documentation.
Retour sur les travaux de Nadine Gastaldi, conservatrice générale du patrimoine, chargée de mission Cartes et plans aux Archives nationales de France. Elle nous partage les clés du succès de soft power sud-coréen et du lien entre le groupe Ateez et la cartographie.
Soft power de la K-pop depuis les 90’s
Vous les connaissez sans doute : Ateez, BTS, Blackpink, Jungkook, Lisa, IU, Lee Minho…
La Hallyu, ou « vague coréenne », représente l’influence et le développement croissants de la puissance culturelle sud-coréenne à l’échelle mondiale.
Au cinéma, l’émergence de cette puissance a été notable avec le succès international de Parasite. Dans la littérature, webtoons et mangas ont une forte influence à l’international, et notamment en France. Même dans le e-sport, le pays est également une force majeure dans la discipline, notamment avec des jeux comme League of Legends, illustrant l’importance de ce secteur.
Les séries coréennes ont conquis l’Asie dès les années 2000, avant de s’étendre au monde entier. D’ailleurs, pour Nadine Gastaldi, il existe un lien fort entre K-Dramas et K-Pop, de nombreux acteurs étant également chanteurs et inversement.
Selon la légende, l’avènement de la K-culture tire son origine d’une prise de conscience économique en 1994, lorsque le gouvernement coréen a réalisé que le film Jurassic Park générait autant de revenus que la vente de 1,5 million de voitures Hyundai, poussant ainsi le pays à ériger la culture en industrie stratégique nationale.
Aujourd’hui, le soutien et la diffusion de la culture coréenne (K-culture) ont des retombées économiques significatives et l’engouement pour cette culture génère une augmentation des achats de produits industriels coréens (smartphones, voitures, mode, cosmétiques, K-food, etc.).

D’ailleurs, les idoles coréennes sont utilisées comme égéries par des marques occidentales (exemples : Saint Laurent, Nescafé avec Cha Eun Woo).
La France et la K-culture
Nadine Gastaldi insiste, en France aussi, la K-culture est une affaire sérieuse. Le gala des pièces jaunes a été ravivé par la venue de Black Pink (groupe féminin le plus populaire au monde, 100 millions de vues sur YouTube). Une rencontre a eu lieu entre Emmanuel Macron et Lee Soo-Man (PDF SM Entertainement), pour célébrer en 2027 les 140 ans de relations France-Corée. Félix de Stray Kids est l’un des ambassadeurs. Parallèlement, le président français à décidé de créer un sommet mondial de la K culture, une preuve que le soft power coréen n’a pas fini de s’étendre !

Crédit : K sélection et Ouest France
K-pop : un univers musical hybride
Pour Nadine Gastaldi, la particularité des musiques de Kpop, c’est qu’on ne s’ennuie jamais. La construction des sons est similaire aux ballades des plus grands compositeurs. Le premier gros succès international est bien sût Psy avec le son Gangnam Style sorti en 2012 qui a dépassé le milliard de vues en 4 mois. Plus récemment, BTS est devenu le boys band le plus populaire du monde.
Une présence médiatique totale
Dans le monde de la K-pop, il se passe toujours quelque chose. Les réseaux sociaux sont inondés autour des groupes et des chanteurs. Diffusion au cinéma de concert, films en VR, publications dans les magazines… C’est un monde d’influence qui ne s’arrête jamais !
Les idoles de la K-pop
Une idole se caractérise par une star de la musique en Corée du Sud, elle est produite par une agence et se doit de soigner son image, son style de danse, etc. Les idoles sont recrutés par des agences via des auditions (classiques ou médiatisées, notamment à la télévision).
Après avoir été choisis, les chanteurs ne sont pas tout de suite exposés. Ils subissent un entraînement intensif à la manière des sportifs ; ils n’ont plus de vie privée et peuvent être amenés à signer des clauses pour éviter les relations amoureuses.
Cette notoriété donne certains accès à ces idoles, qui peuvent devenir acteur, avoir une parole peut-être plus écoutée (BTS à la tribune de l’ONU en 2021), être invités à des événements de mode (Ateez – Dolce Gabbana), effectuer le premier lancer de baseball à la manière des plus grands sportifs…
Idoles et fans
Quand on est fan, on ne compte pas ! Entre les votes aux cérémonies qui permettent de gagner des prix, le merchandising, les pops up, les fan cards, les albums, les places de concert, les lightsticks… Les fans sont les premiers à surconsommer une culture de l’adoration.
Ateez : Un univers artistique riche et varié :
Le groupe Ateez explore des styles musicaux très différents, de la touche sucrée de Astro Sugar Candy (2022) à de la pure pop avec la collaboration avec Kylie Minogue (2025). Leur univers esthétique est particulièrement soigné, englobant les costumes et maquillages, les décors, mais aussi les disques et packaging. La danse est également un élément central, illustré par des performances comme celle de Halazia Dance.

Le groupe Ateez s’est formé en 2018, après une période d’entraînement débutant en 2016. Il est composé de 8 membres : Hongjoong, Seonghwa, Yunho, Yeosang, San, Mingi, Wooyoung et Jongho.
Le groupe explore la cartographie à travers son univers d’exploration, de voyage initiatique du Monde A au Monde Z, mettant en scène des pirates à la recherche d’un trésor symbolique (amitié, estime de soi, etc.). La narration se déploie ainsi comme un voyage dans le temps, avec de nombreux aller-retour du passé au présent.
Tout est relié à la carte chez Ateez : un journal est associé au CD et sert de base à la création des cartes. La Carte elle-même évolue au fil du récit, création après création. Dans le 3e EP (mini-album), elle est utilisée pour présenter le voyage. La carte est aussi métaphorique : elle représente l’engagement dans un voyage de progression et d’amélioration personnelle, d’où son aspect quasi transparent dans la création. Le thème récurrent est l’idée que les membres sont dans le même voyage depuis 7 ans.
La carte est aussi présente dans les produits dérivés et les décors, reprenant la stratégie de transmédia storytelling :
- Les peluches Aniteez reprennent le symbole de la carte.
- Ces éléments se retrouvent également dans les décors des shows télévisés.
- Light stick avec boite décoré d’un planisphère
- Mise en scène maritime : carte ancienne de type coréen
- Boussole dans le décor : maintien du récit autour de la carte et des instruments de mesure
- Dans la direction artistique, il existe un système de visualisation de leur tournée cartographié
- Les fans peuvent visiter les villes natales des membres du groupe
- Photos concepts
- Pop up pour leur 7e anniversaire en juillet 2024 où la carte prend une place majeure
Un marqueur qui est repris à l’extérieur : Spotify est devenu l’annonceur des différents évènements en lien avec la K culture, comme les concerts, les émissions ou séries TV qui sortent. De quoi fidéliser et créer une communauté !
Les Atiny (fans de Ateez) sont aussi créateurs de cartes
Les fans sont tout aussi actifs dans la création et l’engouement que le groupe procure. Ils partagent des cartes entre eux, contribuent à l’expansion de la notoriété du groupe hors des frontières de la Corée du Sud, mais publient aussi sur leurs réseaux sociaux avec cette référence commune qu’est la carte. Des communautés se créent et partagent des idées de tatouages à faire, en lien avec leur passion commune.
A venir…
Comme expliqué précédemment, 2026 est l’année franco-coréenne et pour la célébrer, voici quelques événements où retrouver la K culture. “Du 18e siècle à la vague K-Pop, découvrez les racines d’une esthétique qui a conquis le monde !” Au musée Guimet, jusqu’au 6 juillet. D’autres expositions et événements sont prévus, mais pour être au courant de tout, n’hésitez pas à suivre les réseaux sociaux des ambassadeurs le chanteur Félix du groupe Straykids et l’actrice JUN Ji-hyun.